1er jour de la montée d’Amont

« Moi » et moi avons été témoins d’un sordide paysage ce matin. Nous marchions vers le fort lorsque nous vîmes une tête tranchée à la base du cou au bord du chemin, une tête de sauvage.  Une brève analyse de ma part ne fût pas concluante. Cependant, une analyse plus poussée de la dépouille accomplie par « Moi » fut d’une aide capitale à la compréhension des raisons de la présence d’une telle abomination de ce côté de la rivière. Nous comprîmes que les agents du chaos en seraient les principaux suspects. Le crâne du pauvre natif était empli de plumes, un « T » marqué au fer rouge était présent sur le front de la victime. Nous avons enveloppé la dépouille dans un tissu et l’avons emporté au fort afin d’en informer la communauté. J’ai habituellement horreur de ces êtres primitifs, mais la vision de ce funeste spectacle suscite chez moi une pitié certaine.

 

4e jour de la montée d’Amont

C’est aujourd’hui que la palissade a été achevée autour du fort. Une petite fête a été célébrée pour festoyer la fin des travaux, plaisir forcé y était d’ailleurs au rendez-vous. Personne n’oublie notre emprisonnement, véritable rempart à notre légèreté d’âme. Les vivres ne vont pas tarder à manquer. La chasse est possible quoi qu’aléatoire, peu fiable. L’ambiance n’est pas à la fête, mais à l’illusion.

La construction de la palissade s’est finalisé pourtant au bon moment.

Les attaques de raiders sont de plus en plus fréquentes. De vaillants guerriers protègent heureusement nos territoires auxquels cette petite communauté s’accroche tel un radeau  de naufragés désillusionnés quant à leur survie. L’espoir réussit tout de même à demeurer malgré la noirceur qui nous happe, nous angoisse, nous dépasse.

 

15e jour de la montée d’Amont

J’ai appris aujourd’hui en discutant avec quelques aventuriers autour du bivouac, qu’un officier de l’ordre du jugement aurait disparu. Des recherches ont pourtant été amorcées, sans succès. N’étant qu’un simple écrivain, je ne peux que prier la clémence des quelconques avatars célestes régnant ici. Sans être certain que de telles entités aient une quelconque influence, l’idée me vient que ces aventuriers devront pourfendre le mystère sans support spirituel. Nous sommes seuls.

 

27e jour de la montée d’Amont

Le réveil a été difficile. Alertés par l’état de leur campement, les gens aux bérets ont réveillés toute la communauté. C’est dans un mouvement de quasi-panique que nous nous sommes approchés de l’épicentre de cette cohue. De plusieurs tentes frêles adossées à leur résidence, il ne restait que des ruines. Plusieurs traces de luttes marquaient la scène. J’appris plus tard qu’ils avaient hébergés un groupe de voyageurs affamés le soir précédent. Au centre du champ de bataille se trouvait, tel un monolithe, une hache avec au bout de son manche, un signe d’éclair – le signe de l’Éternel de la vengeance, Zemsta-Kara. Une importante constatation s’étala soudainement devant mes yeux. Ce même type de hache ornée par ce même symbole s’est retrouvé à plusieurs occasions parmi les décombres ultérieures aux attaques de raiders du mois dernier. Cette récurrence hante mes pensées, m’empêche d’y voir clair. J’ai besoin de sommeil et pourtant mon regard s’obstine à refuser l’inactivité.

 

3e jour du sommet d’Amont

J’ai du mal à croire qu’une porte de sortie existe ici. Les rumeurs ne sont qu’une brise.

L’espoir meurt.

On dit qu’une sorte d’ombre intrigue par ses fréquentes apparitions et disparitions. Personne ne connaît ses origines, ses intentions, sa destination. Tous connaissent son existence.

On dit que certains auraient déposés lettres et missives au petit étang non loin du fort. Ces écrits auraient ensuite disparus. Nul ne sait vers quel voyage celles-ci se dirigent. Seul les plus braves osent s’approcher d’un tel endroit baigné par un pesant souffle spectral. J’ai souvent pensé à déposer quelques-uns de mes propres manuscrits dans le cours d’eau. Je m’y abstint à l’idée que ceux-ci seraient ruinés, emportés vers je ne sais quel confins de l’univers.

10e jour du sommet d’Amont

Il n’y a pas de sortie

Nous y sommes pris

Tous et chacun

Ici

On dit qu’une échappatoire existe

Je n’y crois plus

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