Cendres

 

Mes prières n’atteindrons jamais les astres, trop laborieuse et lente demeure leur progression. 

 

Mais si, l’espace d’un moment, j’arrive à faire parvenir ce message à quelqu’un : peut-être ne sommes-nous pas tout perdus. Je ne serai peut-être pas encore mort, ou pire, complètement dément. 

 

Tout s’est passé si vite.

 

Un énorme nuage, une colonne de cendres, puis tout a été englouti. Recouvrant tout son son passage, la marée de ténèbres vaporeux a dévorée les arbres, le sol, le ciel.

 

Et mon visage.

 

Je ne me possède plus déjà. Mon être est souillé d’un mal, d’une présence. Je me sens ennemi à moi-même. 

Les chants et les cris de victoires, les râlements de souffrance provenant du fort, je ne les entends plus. Plus un son ne provient de cet océan de fumée qu’est devenu Valmont.

 

Mon être y est encore, quelque part à travers les débris du feu, du sang et de la chair.

Pourtant j’ouvre les yeux, un seul instant, et je suis chez moi. Chez moi dans ma demeure. Les murs nus de la chaumière n’y affiche que mon ombre. La voix de mon père me saisit et mon cœur s’arrête.  Il me sourit. «Ça va ? On dirait que t’étais ailleurs pendant un moment». Et j’y étais.

 

Alors que je me lève pour le rejoindre à la table, des goûtes de sueurs me perlent à l’échine. Je n’ose plus avancer. Les vibrations dans le sol s’intensifient. Je me retourne. Et je le vois. Oh! par les grandes sphères, il me regarde. Je n’ai jamais quitté cette vallée maudite.

 

Je ne la quitterai jamais plus.

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